
Pourquoi des champs de lave ?
Un champ de lave, c’est une roche magmatique pétrifiée : le magma a trouvé un chemin à travers les interstices de la croûte, s’est répandu, écoulé — puis a fini par se pétrifier.
Mais toutes les éruptions ne donnent pas un champ de lave qui s’étend à perte de vue. Il faut, pour ça, un magma particulièrement fluide — donc particulièrement chaud.
On appelle magma une roche entièrement ou partiellement fondue, sous la Terre. Et l’Islande, on l’a vu, est à la fois sur une zone de rift et sur un point chaud : la croûte y est très fine, la température grimpe vite avec la profondeur. De quoi former, sous certaines conditions, des poches de manteau fondu à environ 1300°C.

Pourquoi des champs de lave ?

Un champ de lave, c’est une roche magmatique pétrifiée : le magma a trouvé un chemin à travers les interstices de la croûte, s’est répandu, écoulé — puis a fini par se pétrifier.
Mais toutes les éruptions ne donnent pas un champ de lave qui s’étend à perte de vue. Il faut, pour ça, un magma particulièrement fluide — donc particulièrement chaud.
On appelle magma une roche entièrement ou partiellement fondue, sous la Terre. Et l’Islande, on l’a vu, est à la fois sur une zone de rift et sur un point chaud : la croûte y est très fine, la température grimpe vite avec la profondeur. De quoi former, sous certaines conditions, des poches de manteau fondu à environ 1300°C.

Coulées en graton (aa)
Haute température, manteau fondu : les conditions idéales pour une lave bien fluide. Ah — au fait, je n’avais pas précisé : une fois que le magma trouve son chemin vers la surface, la roche fondue s’appelle une lave.
Sur les champs de lave, on croise des structures très différentes. Les coulées en graton — type aa, comme disent les géologues en reprenant le mot hawaïen — sont déchiquetées, hérissées de boursouflures. En refroidissant, la lave s’épaissit et se fragmente : la roche devient friable, cassante, pas franchement agréable à traverser.
↳Une coulée aa en train de se former (vidéo, Geldingadalir 2021)→Coulées en graton (aa)

Haute température, manteau fondu : les conditions idéales pour une lave bien fluide. Ah — au fait, je n’avais pas précisé : une fois que le magma trouve son chemin vers la surface, la roche fondue s’appelle une lave.
Sur les champs de lave, on croise des structures très différentes. Les coulées en graton — type aa, comme disent les géologues en reprenant le mot hawaïen — sont déchiquetées, hérissées de boursouflures. En refroidissant, la lave s’épaissit et se fragmente : la roche devient friable, cassante, pas franchement agréable à traverser.
Coulées en cordée (pahoehoe)
À l’inverse, on trouve aussi des coulées bien plus lisses, en cordée — type pahoehoe, toujours en hawaïen. Ce qui décide entre les deux, c’est la quantité de gaz dans la lave : bien dégazée avant de s’écouler, elle se solidifie en surface lisse et cordée (pahoehoe) ; s’il en reste, il fragmente la roche en s’échappant — et on retombe sur du aa.
En s’écoulant, la lave refroidit vite et forme une croûte qui isole thermiquement l’intérieur — au point que, après une éruption — comme celle de Sundhnúkur, sur la péninsule de Reykjanes, du 16 au 22 juillet 2025 — les roches peuvent rester liquides sous la surface pendant des mois, parfois des années. Solidifiée, cette lave de manteau donne une roche caractéristique, noire et friable : le basalt.
Voilà, trois mots appris : magma, lave, basalt. On va les recroiser souvent sur la suite du chemin.

Coulées en cordée (pahoehoe)

À l’inverse, on trouve aussi des coulées bien plus lisses, en cordée — type pahoehoe, toujours en hawaïen. Ce qui décide entre les deux, c’est la quantité de gaz dans la lave : bien dégazée avant de s’écouler, elle se solidifie en surface lisse et cordée (pahoehoe) ; s’il en reste, il fragmente la roche en s’échappant — et on retombe sur du aa.
En s’écoulant, la lave refroidit vite et forme une croûte qui isole thermiquement l’intérieur — au point que, après une éruption — comme celle de Sundhnúkur, sur la péninsule de Reykjanes, du 16 au 22 juillet 2025 — les roches peuvent rester liquides sous la surface pendant des mois, parfois des années. Solidifiée, cette lave de manteau donne une roche caractéristique, noire et friable : le basalt.
Voilà, trois mots appris : magma, lave, basalt. On va les recroiser souvent sur la suite du chemin.

Krafla — 1975-1984
Le Krafla est un volcan très actif du nord de l’Islande, posé sur la ligne de rift. Son éruption de 1975 à 1984 — les Kröflueldar, « feux de Krafla » — correspond à un écartement de 900 cm. La séparation des plaques n’est donc vraiment pas un mécanisme continu : la zone avait connu un épisode de même ampleur entre 1724 et 1729, et plus rien de notable pendant les mille ans entre les deux. Le rythme habituel du rift, environ 2 cm par an, s’est ici joué en seulement 15 ans.
Sur la coulée, le lichen commence à s’installer au bout de 40 ans — on est donc encore tôt dans l’histoire.
Krafla — 1975-1984

Le Krafla est un volcan très actif du nord de l’Islande, posé sur la ligne de rift. Son éruption de 1975 à 1984 — les Kröflueldar, « feux de Krafla » — correspond à un écartement de 900 cm. La séparation des plaques n’est donc vraiment pas un mécanisme continu : la zone avait connu un épisode de même ampleur entre 1724 et 1729, et plus rien de notable pendant les mille ans entre les deux. Le rythme habituel du rift, environ 2 cm par an, s’est ici joué en seulement 15 ans.
Sur la coulée, le lichen commence à s’installer au bout de 40 ans — on est donc encore tôt dans l’histoire.


Un sentier entre graton noir et collines vertes — la lave d'hier, la mousse de toujours.
Un sentier entre graton noir et collines vertes — la lave d'hier, la mousse de toujours.
Laki — l'année sans été
Le champ de lave s’étend à perte de vue — le lichen a tout recouvert. Le volume rejeté par les cônes du Laki (Lakagígar) est colossal : l’éruption a duré de juin 1783 à février 1784 et a produit environ 15 km³ de lave basaltique, en coulées de type aa, sur 60 à 75 km, recouvrant 565 km².
L’éruption a aussi rejeté d’énormes quantités de gaz, perturbant le climat de tout l’hémisphère nord — en Europe, ça a contribué au petit âge glaciaire, donc à des famines, donc (entre autres) à la Révolution française. En Islande même, les conséquences ont été désastreuses : environ 25 % de la population, soit environ 10 000 personnes, sont mortes — principalement de faim, la végétation et le bétail ayant été détruits.

Laki — l'année sans été

Le champ de lave s’étend à perte de vue — le lichen a tout recouvert. Le volume rejeté par les cônes du Laki (Lakagígar) est colossal : l’éruption a duré de juin 1783 à février 1784 et a produit environ 15 km³ de lave basaltique, en coulées de type aa, sur 60 à 75 km, recouvrant 565 km².
L’éruption a aussi rejeté d’énormes quantités de gaz, perturbant le climat de tout l’hémisphère nord — en Europe, ça a contribué au petit âge glaciaire, donc à des famines, donc (entre autres) à la Révolution française. En Islande même, les conséquences ont été désastreuses : environ 25 % de la population, soit environ 10 000 personnes, sont mortes — principalement de faim, la végétation et le bétail ayant été détruits.


Des fontaines de lave de 800 à 1400 m, un débit comparable à celui du Rhin — et aujourd'hui, plus un bruit, juste la mousse.
Des fontaines de lave de 800 à 1400 m, un débit comparable à celui du Rhin — et aujourd'hui, plus un bruit, juste la mousse.

Des tunnels sous la lave
En refroidissant, une coulée forme vite une croûte solide en surface — mais en dessous, la lave reste liquide et continue de s’écouler. Si elle finit par se vider entièrement, elle laisse derrière elle… un tunnel.
Dans les hautes terres, certaines rivières ont trouvé leur chemin à travers d’anciens épanchements pétrifiés — en empruntant, au passage, les tunnels que la lave avait creusés avant elles. Le résultat, vu d’en bas, ressemble à une arche de pierre noire : pas un pont construit, un toit de lave qui a tenu.
Des tunnels sous la lave

En refroidissant, une coulée forme vite une croûte solide en surface — mais en dessous, la lave reste liquide et continue de s’écouler. Si elle finit par se vider entièrement, elle laisse derrière elle… un tunnel.
Dans les hautes terres, certaines rivières ont trouvé leur chemin à travers d’anciens épanchements pétrifiés — en empruntant, au passage, les tunnels que la lave avait creusés avant elles. Le résultat, vu d’en bas, ressemble à une arche de pierre noire : pas un pont construit, un toit de lave qui a tenu.



La rivière a trouvé son chemin dans la coulée pétrifiée — parfois en creusant, parfois en empruntant les tunnels que la lave avait laissés.
La rivière a trouvé son chemin dans la coulée pétrifiée — parfois en creusant, parfois en empruntant les tunnels que la lave avait laissés.
Bárðarbunga — le record
Cette coulée vient d’un volcan situé sous le glacier Vatnajökull : le Bárðarbunga. C’est l’épanchement le plus important enregistré depuis 200 ans — en 6 mois (2014-2015), 1,4 km³ de lave ont recouvert 85 km² (environ 80 % de la surface de Paris), sur une épaisseur moyenne de 14 m, jusqu’à 40 m par endroits. Le champ de lave qui en résulte porte un nom : Holuhraun.
Cet épanchement a détourné le fleuve glaciaire Jökulsá á Fjöllum vers l’est. Et heureusement : le magma a trouvé son chemin sous la glace à travers des fissures pour émerger à l’air libre. Sans ça, on aurait pu avoir une fonte partielle du glacier — et un déversement cataclysmique d’eau sur les basses terres.

Bárðarbunga — le record

Cette coulée vient d’un volcan situé sous le glacier Vatnajökull : le Bárðarbunga. C’est l’épanchement le plus important enregistré depuis 200 ans — en 6 mois (2014-2015), 1,4 km³ de lave ont recouvert 85 km² (environ 80 % de la surface de Paris), sur une épaisseur moyenne de 14 m, jusqu’à 40 m par endroits. Le champ de lave qui en résulte porte un nom : Holuhraun.
Cet épanchement a détourné le fleuve glaciaire Jökulsá á Fjöllum vers l’est. Et heureusement : le magma a trouvé son chemin sous la glace à travers des fissures pour émerger à l’air libre. Sans ça, on aurait pu avoir une fonte partielle du glacier — et un déversement cataclysmique d’eau sur les basses terres.




Du sable volcanique, des blocs de lave, et 85 km² de silence — la coulée la plus récente du carnet.
Du sable volcanique, des blocs de lave, et 85 km² de silence — la coulée la plus récente du carnet.
Trois mots, partout
Magma, lave, basalt — et puis aa, pahoehoe, tunnels, lichens qui comptent les décennies. À chaque coulée son histoire : un écartement de rift, une catastrophe climatique, un record vieux de dix ans à peine. Et sous nos pieds, ça continue.
Le basalt, c’est la mémoire solidifiée de tout ça.
Trois mots, partout
Magma, lave, basalt — et puis aa, pahoehoe, tunnels, lichens qui comptent les décennies. À chaque coulée son histoire : un écartement de rift, une catastrophe climatique, un record vieux de dix ans à peine. Et sous nos pieds, ça continue.
Le basalt, c’est la mémoire solidifiée de tout ça.
Et maintenant, le rift
On a vu d’où vient la lave, ce qu’elle devient en refroidissant, et les traces qu’elle laisse — d’un siècle à deux cents ans, toutes fraîches à l’échelle géologique. Reste à comprendre ce qui, sous l’Islande, continue de l’alimenter : le rift lui-même, et le pont qu’il sépare un peu plus chaque année.
Le Krafla nous l'a rappelé : sous ces champs de lave, le rift continue de s'écarter. C'est là qu'on va, juste après.
Et maintenant, le rift
On a vu d’où vient la lave, ce qu’elle devient en refroidissant, et les traces qu’elle laisse — d’un siècle à deux cents ans, toutes fraîches à l’échelle géologique. Reste à comprendre ce qui, sous l’Islande, continue de l’alimenter : le rift lui-même, et le pont qu’il sépare un peu plus chaque année.
Le Krafla nous l'a rappelé : sous ces champs de lave, le rift continue de s'écarter. C'est là qu'on va, juste après.